Toute l'actualité de l'engagement actionnarial par PhiTrust


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Depuis plus de dix ans, nous croyons que l’éthique du management et la gouvernance ont un rôle fondamental au sein des entreprises dans lesquelles nous investissons pour le compte de nos clients.
Face aux défis immenses de la crise que nous vivons aujourd’hui, nous sommes de plus en plus convaincus que nos entreprises cotées en Europe ont besoin d’actionnaires minoritaires actifs qui les aident à développer des stratégies innovantes pour répondre aux enjeux financiers, commerciaux et sociaux de notre monde actuel, et nous essayons d’y contribuer par notre stratégie d’investissement.

18 avril 2017

TCI/Safran, le capitalisme « irresponsable »

Le fonds TCI (The Children Investment Fund) met la pression sur la société Safran, considérant que l'offre sur le groupe Zodiac Aerospace est trop chère et amène le groupe à « sortir » de sa stratégie pour une société qui ne lui apporte pas de réelle valeur ajoutée et n'est pas une bonne décision pour les actionnaires minoritaires.

Depuis de nombreuses années, ce fonds activiste n'hésite pas à agir pour « améliorer le rendement de l'actionnaire » comme il l'a fait par exemple pour la banque ABN AMRO (démantelée depuis) ou la société Euronext (qui a pris alors des décisions stratégiques qui se sont révélées une erreur). La liste est longue de ces sociétés attaquées ayant dû gérer l’actionnaire TCI qui n'avait comme objectif que la valeur créée pour les actionnaires.

Cela lui a permis de passer de 500 millions $ à plus de 5 milliards de $ d'actifs gérés avec des rendements affichés  de 18 % annuels pour ses actionnaires et un partage du rendement (à hauteur de 20%) qu'il a pour partie généreusement attribué à une fondation pour les enfants en Afrique qui a reçu plus de 5 milliards $... Ces chiffres montrent le partage de valeur entre les investisseurs et l'équipe de gestion qui leur a permis de valoriser leur patrimoine.

Cette philosophie du partage de tout ou partie des gains attribués à l'équipe de gestion a attiré de nombreux investisseurs, heureux de voir qu'il y avait aussi dans la finance des âmes généreuses, et tant mieux car les projets financés le sont avec rigueur et professionnalisme.

Mais quelle schizophrénie !  Leurs investisseurs (et notamment des fonds de pension) n'ont pas analysé à l'époque de l'opération ABN AMRO par exemple que cela a amené la banque à licencier plus de la moitié de son personnel... De même pour l'opération Euronext : aucun investisseur ne s'est interrogé sur les implications pour le marché, et donc les investisseurs finaux, d'une plate-forme franco-américaine qui n'a pas tenu longtemps... Nous pourrions multiplier les exemples, le fonds TCI entrant dans des entreprises avec un objectif de plus value liée à une restructuration, un démantèlement ou encore une cession et en sortant si possible vite une fois la plus value assurée...

L'opération Safran ne peut être analysée qu'en fonction du résultat à court ou moyen terme pour l'actionnaire. Elle doit aussi être analysée au regard d'une stratégie globale, d'une nécessité d'avoir des acteurs français et européens forts pour pouvoir exister dans un marché très concurrentiel en fort développement. Comme l'a rappelé Safran, répondant à l'interrogation sur le prix de l’opération, ce prix sera lié à la réalité, et cette opération est stratégique pour Safran.

La logique prise par TCI de contester publiquement cette opération en remettant en cause la gouvernance de Safran montre qu'ils veulent aller plus loin et que tout est possible pour arriver à leur objectif. Et elle est dans la droite ligne du capitalisme financier qui croit que « tout ce qui est bon pour l'actionnaire est bon pour la société et ses parties prenantes ». 

Les nombreux exemples de dérives liées à des actionnaires qui ne recherchaient que leur intérêt propre montre bien la très grande différence qu'il y a entre l'investisseur purement financier et l'investisseur Responsable qui accompagne des entreprises ayant un projet de qualité qui prend en compte l'intérêt de toutes les parties avec une vision de long terme.

Il est important que les actionnaires responsables analysent en leur âme et conscience l'opération Safran en refusant une vision court-termiste qui ne répond plus à notre environnement social et économique, comme l'attendent nos concitoyens et la plupart des actionnaires même minoritaires.


Olivier de Guerre
Phitrust

6 mars 2017

Safran, deux visions qui s'opposent...

Le fonds activiste The Children Investment Fund  est intervenu auprès du Conseil d'administration de Safran pour remettre en cause l'opération avec Zodiac Aerospace, considérant que cela « enlèverait de la valeur à Safran » et détournerait les équipes de direction de leur métier actuel en allant vers un nouveau métier éloigné du savoir-faire de Safran. Même si Safran y a répondu point par point, il est probable que TCI fasse tout pour faire aboutir ses idées, y compris en augmentant sa participation chez Safran et chez Zodiac Aerospace.

Car ce fonds, qui redistribue une partie de ses profits à la fondation Children for Africa, est un habitué de ces opérations agressives contre le management des sociétés pour les amener à modifier leur stratégie afin de « créer de la valeur pour l'actionnaire ». Elle lui a permis de réaliser dans le passé de très belles opérations, comme le démantèlement d’ABN AMRO ou la scission d'Euronext, sans prendre en compte l’intérêt des salariés, des clients voire des autres actionnaires, le seul objectif étant de maximiser la rentabilité à court terme...

Ce type de stratégie activiste, qui privilégié l'intérêt de l'actionnaire quelles que soient les externalités, peut présenter un intérêt dans certaines situations, notamment si le management n'écoute pas l'ensemble de ses parties prenantes. Toutefois, il a été et il est le plus souvent destructeur de valeur car court-termiste, considérant que l'intérêt des actionnaires est par construction l'intérêt de toutes les parties.

Les dérives de ce type d'approche agressive ont amené de nombreuses sociétés cotées à mettre en œuvre des stratégies à court terme privilégiant les actionnaires par le rachat d'actions, les dividendes élevés voire la cession d'activités stratégiques dans le seul but du rendement et le plus souvent au détriment de l’investissement à long terme et de la rémunération des salariés.

 De nombreux actionnaires privés et institutionnels les ont suivi pour maximiser leur rendement mais ont-ils vraiment pris conscience des effets induits de leurs stratégies purement financières ? Lors de l'opération de TCI sur ABN Amro, je me rappelle une discussion avec le dirigeant d'un des grands fonds de pension américain qui n'avait pas pris conscience que la stratégie proposée par TCI amenait à licencier la moitié du personnel en Europe...

À l'heure où les choix des urnes en Europe ou aux États-Unis nous montrent la très grande inquiétude de nombreux salaries laissés pour compte, il est important que les investisseurs privés et institutionnels prennent conscience des conséquences des stratégies purement financières.

À cet égard, l'opération Safran-Zodiac Aerospace sera révélatrice du comportement des actionnaires, alors que les deux parties souhaitent réaliser cette opération. Pour Safran, il s'agit de diversifier ses activités face à ses principaux clients aéronautiques. Quant à Zodiac Aerospace, le but est de s'ancrer dans un groupe plus large, lui permettant de mettre en œuvre sa stratégie de rebond sans risquer une opération inamicale qui la remettrait en cause et aurait certainement un impact négatif pour l’emploi.


Olivier de Guerre
Phitrust

17 janvier 2017

2016, année de transition vers l'Investissement Responsable ?

En reprenant les principaux événements de gouvernance survenus en 2016, il nous apparaît qu'ils reflètent des tendances de fond à l'œuvre aujourd'hui dans notre monde économique, évolutions que certains investisseurs financiers ne peuvent plus ignorer.

Sur le plan des rémunérations, l'introduction du Say on Pay en France a été un grand succès, la plupart des entreprises voyant leurs actionnaires les soutenir à une large majorité. Qui plus est, la décision du Conseil de Renault de ne pas prendre en compte le vote consultatif des actionnaires a amené le gouvernement à légiférer sur un vote exécutoire dès 2017 pour les rémunérations fixes et variables. Nous le demandions depuis plus de dix ans, constatant que dans toute SARL en France ou dans les sociétés en commandite (Michelin, Lagardère...), les actionnaires votaient en AG les rémunérations des gérants, ce qui les légitimait et/ou permettait de s'y opposer. Même si nous regrettons qu'il ait fallu autant de temps (le MEDEF s'y était opposé lorsque Thierry Breton était Ministre des Finances en 2006...), cela montre une véritable évolution des mentalités de toutes les parties prenantes pour donner aux actionnaires un véritable pouvoir de décision.

Sur le plan de la transition énergétique, de nombreuses entreprises ont enfin détaillé les plans mis en œuvre pour être « plus vertueux », certainement aidés par l'évolution des législations dans de nombreux pays, mais bien plus encore car elles sont de plus en plus conscientes que cela est nécessaire pour fidéliser leurs clients, convaincre leurs salariés, séduire les investisseurs. « L'affaire Volkswagen » montre à quel point la décision d'une des premières entreprises automobiles mondiales de ne pas respecter des normes anti-pollution pour devenir le N°1 mondial entraînent l'ensemble du secteur (dont beaucoup usaient des mêmes pratiques...) dans la tourmente et détourne les clients des modèles les plus polluants, accélérant une transition vers des modèles hybrides ou électriques. Alors que nous avions sans succès alerté de nombreux investisseurs sur les effets induits de certaines politiques industrielles, un grand nombre d'entre eux a aujourd'hui intégré cette question dans leur décision d'investissement. Dans certains pays comme la France, l'obligation donnée aux institutionnels de « s'engager pour la transition énergétique » les amène à modifier profondément leurs pratiques et analyses des risques liées à la transition énergétique. Et le mouvement anglo-saxon « Divest-Invest » est une autre façon pour les institutionnels de se désengager des industries considérées comme les plus polluantes. 

Sur le plan social, les entreprises cotées de l'OCDE prennent de plus en plus en compte dans leur stratégie et politiques opérationnelles les questions liées au travail des enfants, au travail non ou mal rémunéré, dans leurs propres usines ou chez les sous-traitants, entraînant de facto une amélioration des conditions de travail. Les questions liées à la Coupe du monde de football au Qatar ont ainsi mis en lumière des pratiques dénoncées depuis des décennies par des associations et rarement relayées dans les médias, obligeant les autorités à prendre plus en compte les questions sociales. Cela ne veut pas dire, loin s'en faut, qu'il n'y a pas encore de multiples sujets compte tenu de la situation spécifique de chaque pays et de la concurrence exacerbée, mais la prise de conscience des investisseurs est réelle, notamment suite aux alertes parvenues par le biais des réseaux sociaux auxquelles il n'est plus possible de ne pas réagir si elles sont confirmées.

Est-ce à dire que l'ensemble des investisseurs s'est converti à l'Investissement Responsable ?  Loin s'en faut, mais le risque d'être pris à contre-pied par les médias, les réseaux sociaux et les législations, quand elles existent, obligent tout investisseur à intégrer les questions ESG dans son analyse et à modifier ses décisions d'investissement.  Nous sommes convaincus que ce mouvement n'en est qu'à ses débuts et qu'il s'amplifiera dans le futur, amenant les investisseurs à s'engager de plus en plus sur ces sujets ESG.

Un souffle d'optimisme en cette nouvelle année ! Nous vous souhaitons une très bonne année 2017.


Olivier de Guerre
Phitrust