Toute l'actualité de l'engagement actionnarial par PhiTrust


Notre impact:
- 1450 initiatives privées
- 120 initiatives publiques
- 27 résolutions externes déposées

Depuis plus de dix ans, nous croyons que l’éthique du management et la gouvernance ont un rôle fondamental au sein des entreprises dans lesquelles nous investissons pour le compte de nos clients.
Face aux défis immenses de la crise que nous vivons aujourd’hui, nous sommes de plus en plus convaincus que nos entreprises cotées en Europe ont besoin d’actionnaires minoritaires actifs qui les aident à développer des stratégies innovantes pour répondre aux enjeux financiers, commerciaux et sociaux de notre monde actuel, et nous essayons d’y contribuer par notre stratégie d’investissement.

26 juillet 2017

La rentabilité doit-elle se faire au détriment du droit des parties prenantes ?

Les nouvelles édifiantes sur le plan environnemental se succèdent : nous sommes surpris de découvrir l’entente – possible cartel – entre constructeurs automobiles allemands sur le diesel (mais sont-ils les seuls à avoir délibérément bafoué les règles environnementales européennes ?) ou les atermoiements de la justice française qui rejette le droit d'indemnisation à des salariés malades ayant travaillé sur des sites industriels où l'amiante était le premier matériau transformé. Du temps de ces expositions, la production d’amiante était pourtant interdite aux États-Unis pour des raisons de santé publique... Tandis que les entreprises ont appris à présenter des stratégies ESG qui prennent en compte les risques liés aux rejets polluants, nous découvrons régulièrement avec stupéfaction que ces mêmes entreprises ont, en dépit de leur discours officiel, maintenu leurs pratiques car elles ne pouvaient/ ne savaient pas comment les améliorer.

Alors que des ONG environnementales s'évertuent à agir auprès des sociétés cotées, quel spectacle que les sifflets des actionnaires dans les assemblées générales cette année… Ce fut notamment le cas lorsque des représentants des Amérindiens sont intervenus auprès de la Société Générale ou de BNP Paribas pour demander la suspension des travaux de l’oléoduc Dakota Access Pipeline, qui détruit leur écosystème et peut créer des dommages irréparables en cas d'accident.

Que penser des actionnaires institutionnels et gestionnaires d'actifs qui présentent des stratégies ISR et sont investis dans ces mêmes entreprises alors même qu'elles ne respectent pas leurs engagements publics... Que dire de ces entreprises qui affichent de belles paroles alors que leurs actions vont à l’encontre de ce qu'elles proclament... Le fond du problème réside en fait dans la particularité de notre système financier actuel, où le seul critère qui compte est celui de la rentabilité financière. On accepte de tenir compte de facteurs extra-financiers, comme l’environnement, mais seulement à condition que cela ne remette pas en cause le modèle de l'entreprise et ne l'empêche pas de réaliser ses objectifs financiers. 

L'exemple du groupe Volkswagen est le symbole de cette schizophrénie : alors même que l'entreprise reconnaît l'existence de logiciels truqués, le conseil de surveillance est demeuré quasiment identique. Le nouveau dirigeant, issu de Porsche, ne peut pas ne pas avoir été tenu au courant des anciennes pratiques : il est difficile de croire que seules quelques personnes l’étaient. Après une très forte chute du titre, par peur de lourdes sanctions aux États-Unis, le cours est remonté, les acheteurs ayant continué à faire confiance à une entreprise qui avait trompé sciemment toutes les parties prenantes.


Il paraît que la morale ne s'applique pas aux affaires : ne nous étonnons pas qu'une très grande partie des citoyens n'aient plus confiance dans notre système économique et démocratique, à l'aune de ces affaires successives qui montrent le règne du « dieu Argent » et de la rentabilité financière quelles qu’en soient ses conséquences (sociales, environnementales). Investisseurs, gérants d'actifs, que dirons-nous à nos enfants, petits-enfants dans quelques années ?


Olivier de Guerre
Phitrust

23 juin 2017

Le Say on Pay n'est pas suffisant !

L'arrivée du Say on Pay dans les assemblées générales, avec un vote des actionnaires sur la rémunération des dirigeants, est une vraie novation en France. Elle reconnaît (enfin...) le droit des actionnaires à se prononcer sur la rémunération du premier dirigeant, ce qui est le cas, rappelons-le, pour toutes les SARL.

Certains espéraient que les actionnaires voteraient massivement contre ce qui leur était proposé : à ce jour, bien peu de résolutions Say on Pay ont été rejetées ! Probablement parce que les montants proposés sont connus depuis de nombreuses années pour la plupart des dirigeants. Peut-être aussi parce que chez nos voisins anglais et suisses, précurseurs en la matière, la contestation ne concerne que des cas très spécifiques, manifestement en fort décalage avec l’évolution de la société.

Le paradoxe est que le Say on Pay légitime en fait les rémunérations existantes, même très élevées, en sanctuarisant le variable sur des critères difficiles à appréhender par les actionnaires ainsi que les actions de performance, sans indiquer la plupart du temps ce que cela représente en valeur patrimoniale pour les dirigeants (en tenant compte du passé)...

Et l'on assiste dans certains cas à des "incongruités" validées par les actionnaires. Chez Renault, la rémunération accordée au PDG par des filiales du groupe comme Nissan n'est pas incluse dans le vote (car il n'y a aucun lien de subordination...). Chez Publicis, le président non exécutif bénéficie d’une rémunération de 2,8 M€ ainsi que d'une clause de non-concurrence de 1,8M€ annuelle, la rémunération médiane annuelle d'un président non exécutif d'une société du CAC40 étant de 574 K€… Il est vrai que la professionnalisation des grands gérants d'actifs, avec des rémunérations parfois très importantes, ne les incite peut-être pas à mesurer le décalage qui existe entre ces rémunérations exorbitantes difficiles à justifier...

Pourquoi ne pas appliquer aux sociétés cotées des règles comme celles applicables dans les banques ? À savoir : un salaire variable plafonné à 100 % du fixe annuel et des actions de performance qui ne peuvent qu’être vendues par étapes sur plusieurs années. Cela aurait le mérite de la simplification et de rendre les rémunérations compréhensibles par tout un chacun, afin d’éviter les critiques malheureusement bien justifiées...


Olivier de Guerre
Phitrust